Cloud and chimera

Pensées hybrides

Blade Runner 2049 (D. Villeneuve, 2017)

Quelques secondes, à peine, après les premières images, et le film nous saisit, avec une intensité rare, dans son ambiance hallucinatoire. La musique spatiale inspirée de Vangelis. Les couleurs. Le ciel uniformément gris et la terre identique. La voiture volante. Le réplicant K.
Quelques secondes, à peine, sans un mot prononcé, quelques secondes, à peine, d’émotion brute, son, images, qui remettent en place le décor. Quelques secondes, à peine, et trente-cinq ans ont passé, avec ce vertige qui n’a cessé de nous hanter et de se démultiplier à l’infini de nos questionnements depuis.

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OF SELF AND OTHERS

VICTORIA AND ABDUL

A friendship. An unlikely one. And, then, likely feelings.
An invitation to revisit the nature of Love.
The fiction of a bond, perhaps, out of the fragments or pieces of real lives.
An accomplished period piece:
Victorian England offered to the viewer’s increasing delight out of brilliant camera work, editing and acting. A feast of colors, textiles and gazes.
Once upon a time:
The timeless and stifled ritual of the royal dinners
The trappings of aristocratic life
The smooth surface of unruffled conventions.
Until a bold eye meets another bold eye
Stirs and agitates life anew beneath the mask of a foreboding of death.
An encounter that insufflates into an existence already engaged in a leave-taking a sense of possibility and wonder.
The poetics of fated meetings: what could have remained a one-second experience extends to encompass years—a curve in a straight course that calls for renegotiations and reorganizations.
In its wake: jealousies and rivalries. Meanness and cruelty. The game of the court when a new card is found, played and tragically discarded.
The players come and go, who will dictate the rules next?

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Deus Ex Machina

La meilleure illustration d’un Deus Ex Machina sur une scène de théâtre m’a toujours paru être l’apparition du Commandeur, à l’acte IV du Dom Juan de Molière, et surtout dans la scène correspondante du Don Giovanni de Mozart.

Le génie de Mozart semble avoir volontairement souligné le caractère artificiel de cette apparition pour la hisser jusqu’au sublime, au surnaturel du théâtre.
Tandis que tonne l’orchestre, résonne avec gravité cette réplique qui me paraît être la définition la plus pure du Deus Ex Machina, à la fois parfaitement tautologique, voire banale, et en même temps terriblement tragique et théâtrale:

« Don Giovanni a cenar teco m’invitasti e son venuto »

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Mother (D. Aronofsky, 2017)

An overall Gothic mood of terror and horror/the Uncanny.
Gothic props (such as the mirror) and tropes revisited: the family line and curse, the haunted house (the cellar in particular), the vampire myth/the zombie characters, the conflict between light and darkness, the physical (body, sex) pitted against the transcendental (writing, religion).

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Elizabeth and Emily

They might look like strange bedfellows yet offer peculiar similarities
Witty minds in love with language and clarity of thought, if not of purpose
Dilemma : the world invites you to lie/ how to remain honest with oneself
Sense of compromise versus honesty
Longing, desire, ideal
Truth
Emotional truth
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De l’autre côté de l’espoir

Un film expressionniste. Peu de paroles, des gestes, les gestes du quotidien qui redonnent du sens, une humanité perdue. Une reconstruction de gestes en gestes. De regard en regard. De mots en mots.
Du comique et de l’humour. Des portraits réalistes et des personnages de théâtre. Une improvisation sur le thème de l’exil et de l’aliénation.
Des regards échangés, avec ou sans amour. Des yeux sombres et tristes, implorants ou reconnaissants. Les yeux trahissent le paysage intérieur violemment façonné au contact d’un paysage extérieur loin, quelque part, ailleurs.
Des lieux, des maisons construites et abandonnées, ou détruites par la violence humaine. L’absurdité de la guerre—loin, là-bas, et ici tout près.
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AVIGNON: PROPOSITION D’UNE PORTE A TROIS BATTANTS–OU VOLETS, C’EST SELON

AVIGNON : PROPOSITION D’UNE PORTE A TROIS BATTANTS –OU VOLETS, C’EST SELON

Un festival en trois pièces, avec un interlude

Depuis l’Hôtel d’Angleterre vers le Centre et Shakespeare,
Par l’Horloge vers les Barriques et ses Comédiens,
Des cors du Palais des Papes à l’Iphigénie de la Chapelle de l’Oratoire après une balade musicale à partir du parvis de l’Eglise Saint Agricol vers l’imaginaire de la beauté … visible et invisible…

SLEEPING POINT
NB. « Le Sleeping Point était un procédé utilisé par les acteurs élisabéthains pour ‘réveiller’ une salle un peu bercée par le flot du texte »

Sur le mur, vers la porte du théâtre, quelques réflexions de Peter Brook nous accueillent : « Pour moi, le théâtre n’est pas un art mais une joie directe : je cherche simplement à ce qu’ à la fin du spectacle les gens se sentent mieux … Le théâtre c’est une fugitive étincelle de vie qui apparaît, disparaît. Qui nous rappelle que dans le monde, rien n’est linéaire, permanent, simple ».

Croisement de textes : Shakespeare/Philippe Avron
Sans compter les textes inaudibles que les spectateurs ne manqueront pas d’écrire— à leur insu parfois—inspirés par une réminiscence ou une autre, touchés par une réplique ou une autre, ravis par une trouvaille ou une autre. Work in Progress, comme l’est toute œuvre théâtrale chaque fois qu’elle accède à elle-même/qu’elle prend forme et chair…
Et qu’elle sécrète des images qui ressemblent à des chrysalides en attente de transformation, pour reprendre l’une des beaux moments de ce texte-monde.

D’abord, peut-être : un hommage à Shakespeare, et à ce que le théâtre est/fait/ joue/fait jouer/fait exister.
Les miracles qu’il opère, parfois à notre insu, là encore.

Des accessoires à la réalité du texte. Deux univers qui se croisent et s’interpellent à travers le personnage—unique, magistral, à la fois tragique et comique—de l’accessoiriste ou stage keeper. De la vraie scène, on ne perçoit que quelques bribes, par intermittences, au gré de l’apparition des accessoires (précisément), synecdoques de ce qui se joue en scène et que nous, spectateurs de chair et d’os, nous devons imaginer à l’instar du public imaginé (et imaginaire) qui, lui, voit et suit la pièce qu’il ne nous est pas donné de voir.
Des jeux de mise en abymes grotesques (c’est à dire comiques et terrifiantes)—(re)jouer Hamlet par fourchettes, théières et biscottes interposées/(re)jouer MacBeth par le truchement de poupées de chiffon—font comprendre et sentir, mieux peut être encore que les tragédies auxquelles elles font signe, la condition humaine. Passer du rire aux larmes. A son/notre/leur insu. Dans l’innommable d’une terreur qui monte, dans une présence presque insoutenable car omniprésente dans le hors-scène du spectateur du festival d’aujourd’hui.

Le théâtre comme miroir déformé et déformant.
Miroir, miroir, dis-moi pourquoi je pleure…
Miroir, miroir, dis-moi que je suis encore en vie…
Miroir, miroir, dis-moi que tout ceci n’est que fiction…
Miroir, miroir, ne me dis pas que ceci est l’accessoire jeté à la face du spectateur qui s’endort… De quel sommeil—de quel sleeping point –essaies-tu de me sortir ?

COMEDIENS
Pas de scène sans acteur, pas de théâtre sans public.
Comédiens ou la comédie humaine des acteurs. Qui inclut peut-être aussi celle des spectateurs. Petits et grands. Aguerris ou non. Avertis ou non. Rompus ou non à l’illusion théâtrale…
Les drames—grands et petits—qui forment le texte inaudible d’un autre hors- scène.
L’espace et le temps mis en jeu—autant que mis en scène— dans un kaléidoscope d’images et d’interpellations au hors-champ de la création.
Tissu fragile des relations entre les acteurs à travers—ou malgré—leurs personnages.
Les balbutiements, les échecs et les triomphes de la posture de « comédien » dans la vie du théâtre et dans son après. Son au-delà. Une sorte d’éternité de la vie de comédiens avec ses apprentissages, ses triomphes et ses découvertes. Pour le meilleur et pour le pire.
Des trouvailles : comment mettre en scène le flasback? l’accéléré? Le monologue intérieur? Le bouillonnement d’émotions contradictoires, fugaces, intenses? Leur envers et leur endroit… Leur fil(s), ficelle(s), couture(s) et autre lien.
Comment réconcilier et harmoniser ?
Comment surmonter et affirmer? Sans faire silence, sans occulter, sans détruire. Sans (un) (le) masque.
La dimension physique du travail du comédien, la dimension irréversible de ce que « jouer la comédie » veut dire.
Entre autobiographie et fiction, qu’est-ce qui se joue vraiment ? La déconstruction patiente, fine et brillante du mécanisme théâtral et du jeu actanciel ?
L’anatomie du corps théâtral, de ses membres, de ses humeurs, de ses états d’âme? Selon l’image de Magritte : la machine à coudre sur la table d’opération.
Explorer—jeter un coup de projecteur—sur les étapes de la carrière de comédien—de son Odyssée sur la terre du théâtre, à la fois pèlerinage, aventure et quête. Les étapes d’une initiation à soi-même et aux autres à travers des textes et des gestes qu’il convient chaque fois de se réapproprier. De faire/parfaire/ défaire/refaire.
Va et vient incessant entre le comédien et le Comédien, le sur-scène et le hors -scène… dans le cadre plus large du spectacle qui est en train d’être joué pour nous, ici et maintenant. Dans une hésitation instaurée ou ébauchée—ou programmée—depuis le début puisque le spectacle semble avoir commencé sans nous, (apparemment) indifférent à notre entrée avant de nous interpeller fortement.

Comme la poésie de Whitman, l’expérience à laquelle nous invite Comédiens est un réajustement constant de notre perspective sur ce qui joue/se joue/est joué devant nous.
Se joue t-on de nous, d’ailleurs ?
Ou joue t-on simplement pour nous ?

Entre rire et larmes, là encore. Shakespeare n’est jamais loin…
Point without sleeping.
No sleeping indeed.
But point there is.

INTERLUDE : BALADE MUSICALE CHEMIN VERS L’INVISIBLE

Une promenade musicale intitulée La Beauté : chemin vers l’invisible.
Un parvis.
Quelques spectateurs.
Un ciel profond et clair, une lune en cours d’apparition…
Quatre musiciens.
La mélodie s’élève, dehors, sous le jour encore bleu qui s’assombrit pour céder la place à la nuit. Plus que jamais la comparaison proustienne de la lune à quelque « actrice » en train de se préparer pour la scène paraît appropriée…
Les musiciens, un à un, nous convient à leur suite pour découvrir l’intérieur de l’église.
D’étape en étape un chef d’œuvre se révèle dans les différentes chapelles, mis en valeur par un projecteur alors que les musiciens nous dévoilent leur programme. Tableaux, sculptures, bas reliefs : autant d’acteurs improvisés, autant d’auteurs d’un texte à découvrir avec l’oreille du cœur. L’œil écoute, selon la belle image de Claudel.
Moment de communion qui invite le spectateur à devenir participant pour partir à la rencontre de protagonistes d’antan—ou peut-être futurs. Qui sait ?

IPHIGENIE
Autre croisement de texte : Jean-René Lemoine/musique coréenne.
La compagnie DauDo explique : « nous avons pris la liberté d’imaginer la rencontre des mythologies grecques et coréennes, et des voix françaises et coréennes »

NB. « DauDo, en coréen et en sino-coreen, désigne un point d’acupuncture fondamental qui signifie ‘la voie, le chemin, le voyage vers la joie’ ».

Réaliser le vrai sens de la tragédie grecque—sa force et sa beauté—par le truchement du texte de Jean-René Lemoine mis en scène par la troupe DauDo. Quelque chose se joue, à la fois proche et lointain.
A partir de la légère accentuation coréenne, de l’accompagnement inédit et surprenant de la musique coréenne, et de ces harmonieux tissages, une redécouverte : faire du nouveau avec de l’ancien, ou bien plutôt de l’ancien avec du nouveau ? C’est selon, peut-être…

La forme épurée d’Iphigénie surgit de derrière les colonnes de la chapelle de l’Oratoire transformée en théâtre, interpellant la dimension sacrée et rituelle de qui se passe ici et maintenant. Dans ce temps et par cet espace. La frontière entre le passé et le présent s’estompe, un entre-deux entre l’Orient et l’Occident s’ébauche.
Pour seul décor : du sable, des bougies, un rideau.
Les mots tombent, chancellent parfois, vacillent entre la tristesse et l’exaltation. Pour le spectateur il s’agit d’abord d’une expérience auditive—le léger accent d’un autre ailleurs faisant revêtir au texte de prose/prosaïque le vêtement/l’allure d’un poème. Les dénotations ordinaires de « cuisine » et « carrelage » accouchent d’une connotation nouvelle.
N’est ce pas l’expérience poétique par excellence ? La transformation de tout l’univers verbal en une fête—pour l’oreille, l’esprit et, même, la vue. Car la déclamation est ponctuée de gestes :
Un petit mouvement de pied qui touche le sable, le caresse, l’étudie.
Un petit mouvement de bras
L’esquisse d’une danse, un coup d’œil
Un mouvement de tête ou de la nuque
Des images s’immiscent : « Je me noie dans les yeux de Patrocle »
Des sentiments houleux arrivent, échouent sur le rivage du poétique, troublent la beauté de ce sable que le pied nu d’Iphigénie effleure—laissent affleurer les émeutes de son cœur. Le sentiment amoureux est une noyade.

« La mer ramène ou ne ramène pas sur le rivage »

Paroxysme de la douleur qui devient cri. Tout simplement. Un tableau de Munch transformé en hurlement théâtral.
Le discours se déchire dans l’entredeux du rationnel et de l’émotionnel.
Les noms des protagonistes antiques s’égrènent, leur constellation fait jaillir souvenirs et étonnements nouveaux—galerie de personnages rencontrés dans l’enfance, inoubliables et inoubliés. Agamemnon, Clytemnestre, Electre, Oreste, puis Achille, Patrocle, Paris, Hector, Andromaque (Astyanax ne surgit pas dans le texte récité, mais dans la mémoire surviennent les beaux vers d’Homère… envers et contre tout le travail du temps et de l’oubli…)
Ils sont donc (presque) tous là dans les plis et les replis du texte dit/écouté/ suggéré/réécrit—balbutiés ou mis en musique. Ou en cri. Ou en geste. Ou en silence.

L’une des dernières images t’arrête en vol, O spectateur de notre aujourd’hui, mon frère, ma sœur, et pour toute Cassandre à la recherche d’une paix perdue: le chagrin creuse des fossés dans mon cœur comme le fossoyeur dans la terre…

Même le soleil de cette merveilleuse journée d’été ne peut tout à fait te réchauffer. Comme les bateaux des guerriers, tu restes immobile, immobilisé(e) par le poids d’une émotion que tu ne peux sacrifier.

Théâtre, théâtre, que veux-tu ?

La guerre de Troie aura bien lieu.

Marie Lienard-Yeterian

The Ghost in the Shell

THE GHOST IN THE SHELL

 

“Some days in late August at home are like this, the air thin and eager like this, with something in it sad and nostalgic and familiar. Man the sum of his climatic experiences Father said. Man the sum of what have you … stalemate of dust and desire”                                                      William Faulkner, The Sound and the Fury

 

 

Rupert Sanders’s movie rehearses the old philosophical question of the mind/body duality—with a twist and a few turns. The hero—heroin, in this case, named Mira—has a human brain and a manufactured body. As one protagonist tells her: “Your body belongs to them but not your ghost”—‘”them” being, in this context, not God(s) but the techno-scientific-industrial complex that has replaced any notion of transcendence. The central question is “What are you?” and its variation “ Are you human?” with a disquieting sub question: “What did they take from me?”. The biblical language of creation is troped to refer to her production (her “birth”/ she is a “miracle”). Her nakedness points to her peculiar status: while human beings are covered, she sheds her clothes to reveal the true mechanical nature of her body—her “shell”. The word “shell” bespeaks both (her) strength and vulnerability. A human mind in a cybernetic frame creates, perhaps, only an illusion of wholeness.

 

The term “ghost” has a two-fold dimension—as soul (the divine-like quality of human beings as it is presented in the Book of Genesis where God insufflates His very breath into humans to give them life, the work of the Holy Ghost)—and as specter—that is, in the image of Jacques Derrida “an openness that reserves space in the present for those others who are no longer or for those others who are not yet there” (Specters XVIII). As a sort of return of the repressed, the “ghost” haunts (inhabits) the metallic parts.

 

This uncanny hybrid performs disturbing cultural work for us viewers. Her (or should we say “its”?) beautiful physical appearance mirrors our current obsession with bodily perfection (and youth). As a mechanical product derived from human flesh, Mira invites us to reflect on the increasing reification of human bodies in our culture. The narrative invented to rationalize her production resonates with contemporary political forms of “alternative” reality/facts and regimes of “post-truth(s)”. Mira is told that she was rescued from the boat carrying her and other refugees (in particular her parents) as it was under attack by terrorists in the harbor (quite a condensed version of some of the themes haunting our world…). In fact, as a runaway and rebel, the young girl named Motoko Kusanagi was considered disposable and recycling material for a scientific experiment—the shell (re)named Mira. The daily liquid prescribed to keep memories at bay under the guise of some medicine designed to keep the brain from rejecting the body speaks to diverse (current) forms of mind numbing.

 

Of note in this latest filmic avatar about humans and machines is the fact that we have moved away from the mere opposition between humans and robots to focus on the actual production of “Enhanced humanity” defined by performed actions. As Doctor Ouelet states: “we cling to our memories because we think they are what defines us. But what defines us is what we do”. The question of memory—so ubiquitous in the movies staging robots and humans—undergoes an essential turn: the core of the matter is the status of memories (are they real or fake?). As Kuze explains to Mira about Hanka Robotics CEO Cutter and his team: “They create a vacuum, they bring a new reality, new memories, it’s all the same. Just noise.” Mira becomes painfully (humanly) aware of her lack: “I remember fragments. There is this big fog over my memory,” she adds: “Nothing I have is real”. Her vulnerability, in particular through the anxiety created by the absence of memories, belies her machine-like behavior. In addition, like a human being, the hybrid retains the sense of her uniqueness. “You are what everyone will become one day” one character tells Mira—however she proves to be “one of a kind” in her rebellious and soul-searching wanderings/queries. Human complexity cannot be so easily cancelled or replaced, and resists the well-oiled machinery of the disposable and replaceable. Like a specter, the resilient shelled ghost triggers questions that will not go away, as some short dialogues between Doctor Ouelet and Cutter illustrate: “You are reducing a human to a machine”/”she is the future of my company” and later: “She ‘s mine”/”She is a contract”.

 

Mira discovers that previous sacrifices had to be made given the complexity of the task of creating cybernetic hybrids, and others before her have been destroyed to allow for her final “improved” version. Yet, as Doctor Ouelet observes: “We changed your identity but your ghost survived”. Defeat or victory? Curse or opportunity? It is for Mira to decide. And she does. When the repentant scientist surrenders to her “human heart” and gives Mira a chance to “survive” by handing her out her “real past”, Mira seizes it, recovering the rebellious behavior and mindset that had characterized her as a human being. Memory and the imagination then resemble two hands at work in digging up the past and retrieving filiation and history.

 

The handling of the question of agency and free will so pervasive in AI movies indeed is another interesting feature of the script. When Mira claims: “I keep my consent”, who is this “I”: The machine (programmed, filled with false memories) or the ghost (the remaining free will in the brain)? The hybrid is reminded by her makers: “We never needed your consent”/”You only surrender once”. Yet, when she finally reaches her place of belonging (the shelter where she used to live with other rebels), she touches the wall of the building and remembers, in a Proustian moment that is all too human—giving back the ghost in her shell its real voice.

 

 

Also of note in the film:

The visual dimension of the urban landscape and the proxemics of city life with people living on top of each other (skyscrapers), encountering each other—ghosts in shells, perhaps.

The border crossing dynamic recreated through a series of palimpsest images: cameo images of people running—on the move—superimposed on to the texture of the shell-like city.

The video game aesthetics with its quick pace and raw violence, sparks and clashes.

A hacking scene staged as physical battle: very graphic and intriguing.

The role of pets—cats and dogs—to reassert the link with our essential bodily dimension.

Mira and Kuze as interfilmic reminders of Jim Jarmush’s Only Lovers Left Alive, another stranded pair in another Waste Land.

 

 

Mira’s final statement—“I know who I am, what I am here to do”—sounds hubristic and human enough. It might not completely satisfy us and does not function as a happy ending. Not a direct threat either— but more like some kind of menace, perhaps.

 

Interestingly, J. M. Coetzee’s latest novel The Schooldays of Jesus also stages characters who, in the words of Colm Toibin, “are haunted by what they do not know and cannot recall”: “This great emptiness leaves them free to live in the present and interrogate its contours with an intensity that is solid but also ghostly because they are aware that there was an earlier time whose resonance has been erased” (NYRB May 11, 2017, p. 37).

 

Fiction, whether in its filmic or literary guise, endures as the ghost in the shell of reality.

 

Marie Lienard-Yeterian

 

 

 

 

 

 

 

MOTHER OF ALL ICE

(Reading a poem, going for a drive in the imagination, riding the wave of memory)

Light shadows, harsh light, as if from some unknown stage
Unusual light, never seen before, ghostly and ghastly
Spelling out some oracle that cannot be deciphered
No matter how hard we try
How hard we peer through the puzzling texture around us, in the sky and on the ground
Shroud or cover, mist or veil, fog or fine snow
In between-ness of Nature’s postures
Twilight of human reasoning and endurance.

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EARTH DAY 2017: DAY 7

OF APPLES CRUSHING BLACKBERRIES…“COMME APPLE ECRASE BLACKBERRY”…

“Nos jours roulent sur ces rails. On y multiplie les moyens, mais, comme on ne sait plus la finalité de tout ca, ces moyens deviennent des fins. Ils ne cessent de se perfectionner et d’augmenter notre ‘pouvoir’, et ne servent en vérité qu’à nous divertir de la perte de tout sens. L’hagiographie de Steve Jobs et la gloire de la pomme croquée vont dans cette direction insensée: on ne sait plus ce qu’il est important de communiquer, des lors on ne communique plus que sur la communication. Il faut que les gens communiquent entre eux, voila l’impératif, et que le moyen de communication soit de plus en plus fluide et attrayant”.

Fabrice Hadjadj. Comment parler de Dieu aujourd’hui? (Paris, Editions Salvator, 2013), p. 17/p. 23-24.

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