Cloud and chimera

Pensées hybrides

Author: Léo DAGUET (page 1 of 4)

EARTH DAY 2018 6: PAYSAGES INVISIBLES

« Lorsque les dieux faisaient l’homme, ils étaient de corvée et besognaient: considérable était leur besogne, leur corvée lourde, infini leur labeur. Car les grands Anunnaku aux Igigu, imposaient une corvée septuple! Leur père à tous, Anu, était leur roi; Enlil-le preux, leur souverain; Ninurta, leur préfet, et Ennugi, leur contremaître. Tombés d’accord, les grands-dieux avaient tiré au sort leurs lots: Anu était monté au ciel; Enlil aviat pris la terre pour domaine, et le verrou qui barricade la mer avait été remis à Enki-le-prince. »

Poème D’Atrahasis, ou Poème du Supersage, vraisemblablement XVIIIème siècle avant J.C., trad Jean Bottéro in Lorsque les dieux faisaient l’homme, mythologie mésopotamienne, J. Bottéro, S.N. Kramer, Gallimard

Ils ont raconté des histoires, longtemps transmises de poète à poète, avec en mémoire la somme de toutes les vérités, de tout ce qu’il ne fallait pas oublier. Les règles invisibles régissant le monde, son ordre, son chaos, son infinie puissance dont il fallait s’accommoder.
Ils les ont peintes sur la pierre froide, sculptées dans la terre, elles ont été la trame de leurs parures, de leurs danses, de leurs chants.
Puis ils les ont grattées sur le bois, l’argile humide, le granit éternel.

Les histoires se sont déployées, le monde s’est ouvert, immense, mystérieux, puis refermé, figé, obscure, mais tout a toujours été double, dans nos paysages. Une portion visible, infime, superficielle, comme une invitation à se perdre dans l’invisible des causes, des ordres, des spéculations, sans lesquelles tout serait bien trop ouvert.

Nous avons construit des temples, des pyramides, des télescopes, d’immenses machines tournées vers l’invisible, comme autant de bornes délimitant l’au-delà, la présence d’un ailleurs bien plus loin et bien plus grand.

Nous vivons dans de multiples paysages superposés.
C’est cette tension permanente qui nous fait avancer.
Tant que nous acceptons de nous confronter au mystère, de croire en l’invisible.

EARTH DAY 2018 4: PAYSAGES DE LANGUES

VOYAGE A TRAVERS LES PAYSAGES
JOUR 4

« In the new order, there was not so much space left for the Guugu Yimithirr. The farmers resented their burning of grass and chasing the cattle away from the waterholes, so the police were employed to remove the natives form the settler’s land. The Aborigenes reacted with a certain degree of antagonism, and this in turn provoked the settlers to a policy of extermination. Less than a year after Cooktown was founded, the Cooktown Herald explaines in an editorial that ‘when savages are pitted against civlisation, they must go to the wall; it is absolutely necessity for such a state of things, it is absolutely necessary, in order that the onward march of civilisation may not be arrested by the antagonism of the aborigenes’. The threats were not empty, for the ideology was carried out through a policy of ‘dispersion’, shich meant shooting aboriginal camps out of existence. »

Guy Deutscher, Through The Language Glass

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EARTH DAY 2018 2: PAYSAGES DE SONS

VOYAGE A TRAVERS LES PAYSAGES
JOUR 2

« Un matin de la fin du mois de mars 2007, au lever du soleil, j’effectuais des enregistrements le long de la frontière sud du parc provincial Algonquin, à environ 300 kilomètres au nord de Toronto. Je venais d’installer mon matériel sur le bas-côté d’un chemin quand, à ma grande surprise, je me suis retrouvé entouré par deux meutes de loups, l’une devant moi et l’autre derrière. »
B. Krause, Le Grand Orchestre des Animaux

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Ready Player One (S. Spielberg, 2018)

Depuis quelques années, le cinéma de science fiction occidental semble bégayer.
Alternant prequel, reboot et cross-over, il revisite les mythes puissants apparus dans la seconde moitié du XXième siècle. Les héros de Marvel, Star Wars, Star Trek, Blade Runner viennent à chaque nouvel épisode hanter une génération qui a de moins en moins en commun avec celle qui les a inventés. Avec Ready Player One, Steven Spielberg érige cet art de la répétition au statut de manifeste, célébrant une pop culture riche et colorée, que s’est pleinement appropriée la génération des années 2045.

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Star Wars, le Mythe et la taille de l’Univers

Dans la cosmologie mésopotamienne, l’une des plus anciennes qui soit parvenue jusqu’à nous, le monde s’organise en quatre parties bien distinctes. La Terre s’étend grosso modo des rives de la Méditerrannée, de la Mer Rouge, et du Golfe Persique, jusqu’aux montagnes du Nord de l’Arménie. Elle est bordée à son extrémité par deux Océans, puis par deux chaînes de montagnes qui forment d’immenses piliers sur lesquels s’appuie la voute céleste (An/Samu), et où évoluent les différents astres, reflets des Dieux. Sous la Terre se tient un immense océan qui en est son miroir, l’Apsu, domaine d’Enki/Ea. Au-delà, « l’En bas », Enfer sans retour, sous les ordres d’Eres-kigal et son compagnon Nergal.

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Bruno Latour et les racines de Macbeth

Il ne faut pas plus que quelques minutes, et cent cinquante vers à peine pour que le spectateur et le lecteur de Macbeth n’apprennent, au début de l’acte I, ce qu’il adviendra dans la suite du récit.

Première Sorcière – Salut, Macbeth, salut à toi, sire de Glamis
Seconde Sorcière – Salut, Macbeth, salut à toi, sire de Cawdor
Troisième Sorcière – Salut, Macbeth, qui seras roi.

Macbeth, I, 3, trad. Y. Bonnefoy

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Blade Runner 2049 (D. Villeneuve, 2017)

Quelques secondes, à peine, après les premières images, et le film nous saisit, avec une intensité rare, dans son ambiance hallucinatoire. La musique spatiale inspirée de Vangelis. Les couleurs. Le ciel uniformément gris et la terre identique. La voiture volante. Le réplicant K.
Quelques secondes, à peine, sans un mot prononcé, quelques secondes, à peine, d’émotion brute, son, images, qui remettent en place le décor. Quelques secondes, à peine, et trente-cinq ans ont passé, avec ce vertige qui n’a cessé de nous hanter et de se démultiplier à l’infini de nos questionnements depuis.

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Deus Ex Machina

La meilleure illustration d’un Deus Ex Machina sur une scène de théâtre m’a toujours paru être l’apparition du Commandeur, à l’acte IV du Dom Juan de Molière, et surtout dans la scène correspondante du Don Giovanni de Mozart.

Le génie de Mozart semble avoir volontairement souligné le caractère artificiel de cette apparition pour la hisser jusqu’au sublime, au surnaturel du théâtre.
Tandis que tonne l’orchestre, résonne avec gravité cette réplique qui me paraît être la définition la plus pure du Deus Ex Machina, à la fois parfaitement tautologique, voire banale, et en même temps terriblement tragique et théâtrale:

« Don Giovanni a cenar teco m’invitasti e son venuto »

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EARTH DAY 2017: DAY 5 L’Homme et la Nature (3/3): C.D. Friedrich, J.M.W. Turner, la montagne et l’espace

K.D. Friedrich, Das Eismeer, 1824

C.D. Friedrich, Das Eismeer, 1824

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EARTH DAY 2017: DAY 3 L’Homme et la Nature (2/3): E. A. Poe, la moisissure et le temps

« I had so worked upon my imagination as really to believe that about the whole mansion and domain there hung an atmosphere peculiar to themselves and their immediate vicinity– an atmosphere which had no affinity with the air of heaven, but which had reeked up from the decayed trees, and the grey wall, and the silent tarn–a pestilent and mystic vapour, dull, sluggish, faintly discernible, and leaden-hued.

Shaking off from my spririt what must have been a dream, I scanned more narrowly the real aspect of the building. Its principal feature seemed to be that of an excessive antiquity. The discoloration of ages had been great. Minute fungi over-spread the whole exterior, hanging in a fine tangled web-work from the eaves. Yet all this was apart from any extraordinary dilapidation. No portion of the masonry had fallen, and there appeared to be a wild inconsistency between its still perfect adaptation of parts, and the crumbling condition of the individual stones. In this there was much that reminded me of the specious totality of old wood-work which has rotted for long years in some neglected vault, with no disturbance from the breath of the external air. Beyond this indication of extensive decay, however, the fabric gave little token of instaility. Perhaps the eye of a scrutinising observer might have discovered a barely perceptible fissure, which, extending from the roof of the building in front, made its way down the wall in a zigzag direction, until it became lost in the sullen waters of the tarn. »

E. A. Poe, The Fall of the House of Usher

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