Tout a tellement grandi autour, et l’eau continue de glisser sur le sol, glisser en sillons minuscules qui progressivement s’étendent et coulent vers le bas, toujours plus bas, irrésistiblement attirés vers la mer.

Les arbustes autrefois si petits, la tige frêle à laquelle nul ne prêtait attention, tout cela s’élève maintenant vers le haut, toujours plus haut, pour mieux boire la lumière.

Il faut croire que le temps a passé, pour ce que cela importe. Certaines choses ont poussé pendant que d’autres disparaissaient. Des molécules s’assemblent, des formes se désagrègent, dans un enchevêtrement dont le mouvement d’ensemble nous dépasse.

La marée qui monte et se retire, la succession des saisons, la neige, la couleur des bourgeons et le souvenir de ta présence.

On dira que le temps s’écoule, qu’il ne reste de toi que quelques traces dans un amas de neurones. On pensera que le monde avance, on inventera encore d’autres machines où rêver notre toute-puissance. Ça n’est que le début.

Ton souvenir, petit à petit, s’estompera, comme un parfum dans l’air du soir.

Autour, la vie continue ses oscillations. L’eau plonge dans les plis des roches, au fond des océans, avant de remonter, légère vapeur, au sommet des montagnes. Nous en sommes toujours là.